Des pavés et des hommes

Tranchée_.. Elle est la classique la plus atypique avec ses secteurs pavés d’une autre époque et son arrivée finale sur vélodrome. Elle fascine les uns et est le cauchemar des autres. Les noms de Wallers, Aremberg, du Carrefour de l’Arbre, Mons-en-Pévèle et autres Orchies hantent les nuits des forçats de la route qui défieront ces chemins maudits. Surnommé « l’Enfer du Nord », cette course verra se dérouler sa 106eme édition ce dimanche entre Compiègne et le vélodrome de Roubaix.

Une semaine après que le film de Dany Boon « Bienvenue chez les ch’tis » ait battu le  record d’entrée que détenait « La grande vadrouille », le Nord sera encore à l’honneur avec cette classique que Bernard Hinault avait qualifié de « connerie » après sa victoire laborieuse de 1981. Il y a un quart de siècle pourtant les pavés auraient pu disparaître victimes de la macadamisation des routes. Mais grâce au travail de l’association « Les Amis de Paris-Roubaix » et de Jean-François Pescheux, directeur des compétions cyclistes d’Amaury Sport Organisation, ils sont toujours là pour garder intact le charme de cette course. Il n’y en effet que très peu de dénivelé et de côtes le long du parcours et sans ses pavés, la course serait devenu sans saveur plutôt que légendaire. “A Roubaix, la gloire ne se juge pas à l’éclat des paillettes. Elle se gagne dans la boue et la poussière, dont on porte fièrement les traces sur le mythique vélodrome d’arrivée”, dit le directeur de la course, Christian Prudhomme.

Un parcours plus humain

En début d’hiver et au début du printemps, l’association des « Amis de Paris-Roubaix » carbure à plein régime en accord avec les municipalités pour nettoyer, renflouer, désherber les secteurs pavés afin que le parcours soit plus sécurisé et que l’on évite des drames comme celui de Johan Museeuw. En effet en 1998, le triple vainqueur de l’épreuve avait émuseewté gravement touché au genou et placé dans un coma artificiel pour garantir la viabilité d’une opération hautement délicate suite à une chute dans une trouée d’Aremberg dont les lames de pavés étaient cachées par une épaisse couche de boue.

Les corons et la tranchée d’Aremberg

Si il y a un secteur qui a contribué à la légende de Paris – Roubaix c’est bien la tranchée d’Aremberg. Autrefois appelé la « drève des Boules d’Airain », cet ancien chemin minier d’une longueur de 2,4 km traverse la forêt de Raismes et surplombe l’ancienne mine de charbon de Wallers-Aremberg où fut tournée une partie du film “Germinal”. Elle fut jadis proposée par Jean Stablinski à Jacques Goddet ancien directeur de l’épreuve. Stablinski, surnommé le « polac » en raison de ses origines polonaises, habitait le Nord et avait la particularité d’être le seul coureur du monde à avoir travailler sous les pavés d’Aremberg comme mineur et au-dessus comme coureur cycliste. Suite à son décès en juillet 2007, le passage de cette année sera sans doute chargé d’émotion. Lors du premier passage de la course par la tranchée en 1968, seulement 42 coureurs finirent une course remportée par un certain Eddy Merckx. Aujourd’hui la tranchée fait l’objet d’une étroite surveillance pour empêcher les vols de ces pavés mythiques dont certains datent de 1710.

Le Carrefour de l’Arbre souvent décisif

Paris-Roubaix ne se limite pas à la tranchée d’Aremberg. D’autres passages insensés entre deux plantations d’orge ou de froment, au beau milieu d’une campagne balayée par le vent provoqueront bordures, chutes et crevaisons. Le Carrefour de l’Arbre à Gruson situé à une quinzaine de km de l’arrivée est le dernier rendez-vous significatif avec les pavés. Un endroit où les trous entre les pavés sont « monstrueux ». Stablinki avait coutume de dire que « celui qui en sortait en tête gagnait Paris-Roubaix ». C’est là que les costauds jettent leurs dernières forces dans la bataille. C’est là que la foule est la plus nombreuse et que l’ambiance y est assurément la plus délirante et stressante. De fait, passer devant le Café de l’Arbre symbolise la fin de l’Enfer. A 16 km de l’arrivée, c’est aussi là que sVanPetegemWinse bâtissent les succès à Roubaix.

« Quand on passe en tête, on est pris dans l’euphorie de la foule, la douleur s’efface. Mais on prépare aussi l’arrivée au Vélodrome » disait encore Stablinski. Le Carrefour de l’Arbre c’est là que Fabian Cancellara a porté son attaque décisive en 2006. C’est aussi là que Peter Van Petegem impressionnait tout le monde en passant ce secteur à une allure phénoménale et qu’il y construisit son succès de 2003.

Le saviez vous ?

L’ « Enfer du Nord » c’est aussi quelques chiffres et quelques noms à retenir. Avec 4 succès (1972,74,75 et 77), Roger De Vlaeminck surnommé le « Gitan » est le recordman de victoires. Van Looy, Rebry, Lapize, Moser, Merckx et Museeuw comptent eux 3 victoires. Avec 52 succès dans l’épreuve, les belges sont ceux qui l’ont le plus souvent remportée. Le dernier vainqueur belge est Tom Boonen en 2005. 9 coureurs ont réussi le doublé Tour des Flandres/Paris Roubaix. Les 2 derniers sont Boonen (2005) et Van Petegem (2003). Particularité avec l’édition 1949 qui compte deux lauréats…qui ne sont pas arrivés ensemble! En tête, le Français André Mahé doit en toute logique franchir la ligne d’arrivée en premier. Mal aiguillé, il se trompe de chemin, et rentre dans le Vélodrome par la mauvaise entrée. Entre-temps, son poursuivant, Serse Coppi, frère cadet de Fausto qui remportera l’épreuve un an plus tard, a eu le temps de franchir la ligne. Fair-play, la direction de course leur décerne un trophée chacun. En 1970, Eddy Merckx remportera l’épreuve avec plus de 5 minutes d’avance sur Roger De Vlaeminck. En 1990, c’est l’arrivée la plus serrée. Eddy Planckaert bat Steve Bauer pour 1mm. A 38 ans, Gilbert Duclos-Lasalle est le vainqueur le plus âgé. L’édition du centenaire (1996) et la 100eme (2002) de Paris-Roubaix ont été gagnées par le même homme Johan Museeuw. Enfin outre l’ « Enfer du Nord », la classique est aussi surnommée la « Pascale ».

Fabien Chaliaud

Voir la fiche technique de Parix-Roubaix

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